Le paradoxe du DSI en 2025 : Réduire les coûts ET moderniser. Mission impossible ?
- Laurent Toutou

- 1 sept. 2025
- 3 min de lecture

Le grand écart permanent
Imaginez la scène. D'un côté, votre Directeur Financier (ou le responsable du budget de la collectivité) vous demande de couper dans les dépenses avec une rigueur inédite. De l'autre, votre PDG (ou les élus) exige de l'innovation, de l'IA, de la data pour rester compétitif. Pris en étau entre ces deux injonctions contradictoires, le DSI en 2025 vit un grand écart permanent. La question qui se pose est brutale : comment financer la modernisation indispensable quand la priorité absolue est à la réduction des coûts ? Est-ce une mission impossible ? Non, mais elle exige des choix stratégiques drastiques et de nouveaux types de partenariats.
"La chasse aux coûts est ouverte"
Le contexte économique post-inflation a fait de l'optimisation des dépenses une véritable religion. La pression est immense. Dans le privé comme dans le public, chaque ligne budgétaire est scrutée. Cette "chasse aux coûts" se manifeste de plusieurs manières. Chez Thinker, on observe un retour marqué vers l'on-premise (CapEx) pour mieux maîtriser des coûts cloud (OpEx) qui peuvent parfois s'envoler, quitte à freiner certains projets d'innovation. Pour les entreprises françaises opérant à l'international, le risque est réel : pendant qu'elles réduisent les coûts, leurs concurrents étrangers dépensent, innovent plus vite et prennent de l'avance. L'obsession pour le FinOps est sur toutes les lèvres, mais dans les faits, elle se résume souvent à une analyse manuelle de factures sur Excel. Enfin, la fuite des DSI face aux hausses de prix spectaculaires de VMware depuis le rachat par Broadcom est le symbole de ce mouvement : on est prêt à tout pour réduire la facture.
"Innover ou mourir"
En parallèle de cette pression sur les coûts, la pression pour moderniser n'a jamais été aussi forte. Accumuler de la dette technique aujourd'hui, c'est se condamner à être dépassé demain. Plusieurs chantiers sont devenus non négociables. L'intégration de la Gen AI n'est plus une option, mais une question de survie concurrentielle. La cybersécurité est passée d'un sujet technique à un enjeu de souveraineté et de continuité d'activité, comme l'ont douloureusement rappelé les attaques récentes contre l'Assurance Maladie, des hôpitaux, Bouygues ou encore Free. Enfin, la préoccupation du "lock-in" des géants américains est immense, se matérialisant par des prix qui peuvent exploser et une exposition directe au Cloud Act. Le fait que le responsable de Microsoft France ait affirmé cela au Sénat il y a quelques mois n’a fait que confirmer ce que beaucoup savaient déjà.
La voie de sortie - Transformer le paradoxe en stratégie
Comment sortir de cette impasse ? En transformant le paradoxe en une véritable stratégie d'arbitrage.
L'arbitrage intelligent : La solution la plus radicale est de faire des choix forts. Abandonner une technologie devenue trop chère comme VMware pour une alternative open-source performante comme Proxmox permet de libérer des centaines de milliers d'euros de budget. Ce budget peut alors être réalloué sur des projets d'innovation comme l'IA. Bien sûr, cela ne s'improvise pas et nécessite des compétences internes ou des partenaires experts capables de gérer cette migration.
La consolidation maligne : La fin d'un contrat IT est une formidable opportunité, bien au-delà de la simple renégociation. C'est le moment idéal pour remettre à plat un besoin, challenger l'existant et envisager une modernisation qui permet souvent, en plus, de réduire les coûts. La fin annoncée d'un contrat de maintenance pour un vieil IPBX, par exemple, peut devenir le projet qui transforme la téléphonie d'un centre de coût archaïque en un outil de productivité moderne et intégré au SI.
Le partenariat stratégique : Plus que jamais, le DSI ne peut plus être seul. Il n'a plus besoin de simples "fournisseurs", mais de partenaires qui comprennent son paradoxe. Des partenaires qui, au lieu de lui proposer une dépense supplémentaire, lui présentent une solution avec un ROI direct et mesurable.
Conclusion
Le rôle du DSI a muté. Il n'est plus seulement un directeur technique, il est devenu un stratège-financier, un arbitre permanent entre le possible et le nécessaire. Les entreprises de la Tech qui réussiront demain sont celles qui intégreront ce paradoxe au cœur de leur approche commerciale. Chez Thinker, notre métier est précisément de créer ces conversations à haute valeur stratégique, pour que chaque rendez-vous soit le début d'une solution, et non un problème de plus.